Interview de Karim Beddiar

Karim Beddiar est responsable régional de la recherche et l’innovation à CESI Ouest et responsable national de l’activité recherche et formation dans le domaine « ville du futur », réalisé en décembre 2021.

Pourquoi, selon vous, la recherche est-elle un vecteur puissant de la transformation du secteur de la construction ?
La construction est la seule industrie qui n’a pas encore connu sa révolution industrielle ! C’est un secteur qui a très peu évolué depuis des décennies : nous construisons encore aujourd’hui avec les méthodes d’hier. Les entreprises du secteur de la construction innovent très peu pour des raisons culturelles car la recherche et ses vertus sont méconnues par les entreprises et ce malgré les efforts des dernières années. Ensuite pour des raisons financières : les entreprises ne dégagent pas suffisamment de marges pour investir dans la recherche ; par manque de marge financière due à une productivité déclinante, résultat de méthodes constructives obsolètes, absence d’innovation technologique et donc de recherche ! Nous vivons donc un cercle vicieux depuis des décennies. Cependant, l’industrie manufacturière est en train de montrer récemment la voie à la construction en matière de recherche et d’innovation avec, par exemple, la naissance du concept de la construction 4.0 qui émergé il y a environ 5 ans de l’industrie 4.0.

Pourriez-vous donner une définition de la « ville du futur» ?
Je parlerai plutôt de la « ville dans le futur » car il n’existe pas un seul modèle. Les prospectivistes ont émis à ce titre plusieurs scenarii dus à des problématiques urbaines multiples : transports et mobilités, préoccupations climatiques, urbanisme et aménagement du territoire, quartiers, attractivité, démographie et migration…
La ville dans futur, sera pour moi d’abord une ville désirable et durable : une ville connectée, soucieuse de l’environnement grâce à une technologie frugale lui permettant d’être en symbiose avec ses occupants (confort, sécurité et santé). Je me permets enfin de paraphraser pour dire que la ville dans le futur sera aussi et surtout une ville tournée vers l’humain ; William Shakespeare écrivit déjà en 1607 « What is the city, but the people? » !

En quoi Nova pourrait être également un vecteur d’évolution du secteur et d’amélioration de la construction ?
NOVA est un concept génial qui permet d’apporter des solutions concrètes pour un bâtiment désirable, connecté, respectueux de l’environnement et de l’usager. Le concours NOVA est à ce titre une manifestation unique favorisant l’intelligence collective. L’objectif n’est pas uniquement de récompenser les meilleures idées mais surtout de les accompagner par des ressources humaines et matérielles pour leur donner corps et en faire une réalité.

La digitalisation est-elle indispensable au monde de la construction et en quoi les nouvelles technologies numériques pourraient « amender » le secteur ?
La transition numérique que connait le secteur de la construction depuis quelques années, dont le BIM est l’exemple typique, est inéluctable et nécessaire pour que le secteur renoue avec la productivité et l’efficience économique. De manière générale, le secteur doit s’emparer, outre le BIM, de toutes les technologies issues de l’industrie (robotique, intelligence artificielle…) ce qui me semble être en bonne voie, même si le rythme d’adoption est lent et notamment dans les pays du sud de l’Europe.

Comment définissez-vous la Construction hors-site ? et pourquoi a-t-elle du mal à être adoptée en France ?
La construction Hors-site est davantage un concept constructif, qu’une technique. Elle consiste à déplacer des heures du chantier vers l’atelier ou l’usine et de produire plus efficacement, à quelques petits kilomètres, des éléments à forte valeur ajoutée pour la construction. Elle se fonde sur la préfabrication, l’industrialisation et la standardisation de la construction. A ce titre elle offre moult avantages : respect de l’environnement, qualité, fiabilité, moins de risque…Elle a du mal à percer en France à cause, notamment, de déficits culturels et réglementaires. Le rôle de la formation en particulier est essentiel pour conduire ce changement dans la profession. C’est la raison pour laquelle CESI Ecole d’ingénieurs a mis en place en 2021 la première formation diplômante dans ce domaine en partenariat avec l’ACIM, Campus Hors-site et des entreprises comme AVELIS.